Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 22:26
 

Il est rare qu'une découverte biblique fasse la une des journaux. C'est pourtant le cas avec cet évangile perdu, «l'évangile de Judas», sans doute la plus importante découverte archéologique des soixante dernières années dans le domaine du christianisme primitif.


Avec la découverte des écrits gnostiques de Nag Hammadi en 1945, le monde a pris connaissance d?un pan oublié des premiers temps du christianisme : celui des gnostiques. Leurs évangiles, découverts dans une jarre, consignaient des enseignements de Jésus très différents de ceux du Nouveau Testament. Ils permirent de reconstituer une vision du monde du christianisme primitif que l'on ne connaissait jusqu'alors que par leurs détracteurs, l'essentiel des textes ayant été détruits à cause de leur caractère hérétique.

C'est également le cas de cet évangile de Judas, exemplaire unique enfin mis au jour après une rocambolesque et désastreuse épopée qui endommagea gravement ce papyrus découvert dans les années 70. Daté du IIe siècle (Irénée le mentionne en 180), ce texte a été découvert dans sa version copte du IIIe ou IVe siècle. Il bouleverse profondément notre vision du christianisme primitif, en mettant en scène un personnage traditionnellement maudit, Judas.

 

 

 

Les gnostiques

 

Cet évangile de Judas s'inscrit directement dans le corpus des écrits gnostiques chrétiens. Le terme «gnostique» vient du grec, gnôsis, qui signifie «connaissance». Ainsi, les gnostiques placent leur salut dans la connaissance et non dans la foi. Il s'agit pour eux de connaître à la fois la réalité du monde et leur propre identité. Car pour les gnostiques, ce monde ici-bas n?est pas notre véritable demeure. Nous y sommes emprisonnés dans des corps de chair et devons trouver les moyens de nous en libérer. C'est cette connaissance, dont le Christ est porteur, qui pourra les délivrer. C?'est aussi dans ce cadre que s'inscrit l'acte de Judas.

 

 

Judas, l?ami de Jésus

 

Ici, Judas n'est pas le traître corrompu et inspiré par le diable qui trahit son maître, celui traditionnellement vilipendé par les évangiles canoniques. Au contraire, il est l'intime de Jésus, celui qui l'a compris mieux que quiconque et celui à qui sont adressés ses enseignements «secrets». Jésus l'invite : «Viens que je t'instruise des choses cachées que nul n'a jamais vues.» Si Judas livre Jésus aux autorités, ce n'est pas par trahison, mais par obéissance. Car l?évangile perdu révèle que Jésus demande à Judas de délivrer son esprit pour regagner sa demeure céleste. Jésus lui déclare dans l'évangile «Mais toi, tu les surpasseras tous ! Car tu sacrifieras l'homme qui me sert d?enveloppe charnelle !». Appelé par Jésus «le treizième esprit», Judas est investi d'une mission : celle de livrer Jésus. Il accomplira le sacrifice suprême. Pour cela, son sort sera double comme le lui révèle Jésus : «tu deviendras le treizième et tu seras maudit par les autres générations» mais en même temps «tu règneras sur elles», car «l'étoile qui est en tête de leur cortège est ton étoile». Car, reprenant la tradition platonicienne du Timée, Jésus enseigne que chaque homme a son étoile.

 

 

Le dieu inférieur

 

Selon les gnostiques, le dieu qui a créé ce monde n'est pas le vrai dieu, ineffable, véritable «Grand Esprit invisible» qui sous-tend toute manifestation, sans aucun attribut matériel et totalement retranché du monde. C'est un dieu (éon) inférieur et ses acolytes qui ont créé ce monde-ci, parmi lesquels Saklas, le dieu dépourvu de sens, qui fait les humains à son image.

«Ils en ont fait un piège destiné à tenir en captivité les étincelles divines qu'ils avaient capturées, avec comme dessein de les placer à l'intérieur des corps humains.» (1) Ces étincelles divines sont par nature immortelles et étrangères à ce monde de corruption.

Autrement dit, le dieu de l'Ancien Testament, auteur de la Création, est vu comme une déité secondaire et subalterne. C?est ainsi que l'évangile de Judas révèle que ceux qui continuent à vénérer ce dieu se fourvoient et ne connaîtront pas la délivrance. Et il désigne les douze apôtres comme des «ministres de l'égarement». Seul Judas est considéré digne de recevoir les enseignements du Christ, la révélation de la véritable religion.

 

 

La connaissance secrète

 

Le salut ne vient donc pas de la vénération du Dieu de ce monde ou par l'acceptation de sa création, mais, bien au contraire, par la négation de ce monde et le rejet du corps qui nous y attache. Le salut ne vient pas non plus par la mort et la résurrection de Jésus, mais par la révélation de la connaissance secrète qu'il prodigue. «La résurrection d'un corps ramène la personne dans le monde du créateur. Puisqu'il s'agit de permettre à l?âme de laisser ce monde derrière elle et d'entrer dans "cette génération grande et sainte" - à savoir le divin royaume qui transcende ce monde ? une résurrection du corps est la dernière chose que Jésus, ou n?importe lequel de ses vrais compagnons pourrait souhaiter.» (1)

 

 

L?esprit divin

 

Car pour se délivrer, il est nécessaire de recevoir une révélation sur notre origine divine et les moyens de la rejoindre. «Selon cette conception, le Christ n'était pas un simple mortel délivrant de sages enseignements religieux. Pas plus qu?il n?était le fils du dieu créateur, le Dieu de l'Ancien Testament.» (1) Le Christ est vu comme un éon, une sorte de dieu, ayant pris des dehors humains, ou bien un être divin venu d'en haut pour être temporairement hébergé dans un homme appelé Jésus. Selon cette conception, l'esprit divin aurait quitté le corps de Jésus sur la croix, ce qui justifierait l'exclamation «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?» Jésus est un être docétique, c'est-à-dire une apparence, dont de nombreux évangiles apocryphes nous disent qu?il pouvait prendre la forme qu'il voulait.

 

 

Le maudit

 

Dans l'évangile, Judas a une vision de sa destinée. Il se voit lapidé à mort par les autres apôtres et voit ensuite une belle maison où il veut entrer car «c'est un lieu réservé aux saints». Jésus lui fait comprendre qu'il ne peut entrer dans ce divin royaume qu'à condition de s'être libéré de sa chair mortelle. Car il y a un monde ici-bas et un royaume divin au-delà de ce monde, auquel il accèdera quand il aura atteint le salut fondé sur la connaissance secrète révélée par Jésus.

 

Le texte nous dit à la fin que le voeu de Judas est exaucé : il pénètre la «nuée lumineuse» qui dans l'Évangile représente le monde du vrai Dieu et de ses éons.

 

(1) Bart D. Erhman, le christianisme mis sens dessus dessous : l'Évangile de Judas une autre vision, in L'Evangile de Judas, Flammarion, 2006

 

 

 

«Sachant que Judas réfléchissait encore au reste des réalités sublimes, Jésus lui dit : «Sépare-toi des autres et je te dirai les mystères du Royaume. Il te sera possible d?y parvenir mais au prix de maintes afflictions. Car un autre prendra ta place, afin que les douze [disciples] puissent se retrouver au complet avec leur dieu.»

L?Évangile de Judas, Flammarion, 2006

 

 

 



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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 22:10
 

Shiva est une des principales divinités du panthéon hindou et l?une des plus ambiguës. Il est à la fois créateur et destructeur, dieu de l'ascétisme et de la procréation.


Shiva représente la tendance à la désintégration dans l'Univers mais aussi la régénération. Sa couleur est «blanc comme le camphre». Ses quatre mains symbolisent sa domination universelle. Rien n'échappe à son pouvoir destructeur et vivifiant. Sous son aspect fécondateur il est vénéré comme le linga, représentation symbolique du phallus. En tant que maître du yoga, il transcende la nature illusoire de la réalité.

 

En Inde du Sud, Shiva est adoré comme «seigneur de la danse» cosmique, Shiva Nâtarâja. Il est représenté avec deux de ses bras orientés en signe de bénédiction, la main inférieure droite tendue dans le geste qui rassure (abhayamudrâ) et au bout du bras gauche, tendu tel un bâton ou une trompe d'éléphant, l'autre main montre le pied gauche levé en lequel le dévot cherche refuge.

Le pied levé symbolise la grâce et l'envol du danseur ou la force ascensionnelle qui montre la voie de la libération, tandis que le pied resté au sol prend appui sur le nain Apasmâra, le démon de l'oubli,  personnifiant tamas, l?inertie et avidya, la nescience qu'il terrasse de son poids. C'est ainsi que ce mouvement illustre le sentier que devra suivre l'aspirant qui le mènera de la terre vers le ciel.

 

La danse cosmique

 

Shiva, de sa troisième main (supérieure droite) agite le damaru, petit tambour-sablier, qui scande les rythmes du monde, symbole de la vibration du son originel (bindu) dans l'espace au début de la création, à partir duquel la conscience habite toute chose dans l?univers. La première étape dans l'univers fut le déploiement de l?espace (akasha), la zone potentielle dans laquelle le monde s?étendit par l?énergie centrifuge de Shiva.

 

Shiva porte enfin dans sa quatrième main (gauche) simultanément le serpent, symbole des origines et le feu évoquant à la fois l'apparition de l'univers (fiat lux) et l?incendie consumant l?univers à la fin de chaque période cosmique. De ses tresses dénouées surgit la déesse Gange, fleuve céleste descendu sur la terre à travers la chevelure du dieu.

 

Du piédestal en forme de lotus jaillit un arc de flammes qui s'allume et s'éteint à chaque instant et symbolise son énergie irradiante, mais aussi le grand jeu de la vie et de la mort. Toute chose est sujette au changement continuel à mesure que l'énergie assume sans relâche de nouvelles formes dans le jeu (lîlâ) de la création, excepté le dieu dont la danse est immuable et absolue.

 

La danse de Shiva est un symbole de l'unité et du rythme de l'existence. Le processus infini de la création s'exprime par la posture énergétique du dieu. A la fin du Kâlî Yuga (l'âge actuel des conflits et de l'ignorance), l'expansion de l'univers s'accélère, tout fusionne et Shiva accomplit alors la danse terrible de destruction (tândava).

 

 

«La danse de Shiva est l?image la plus limpide de l'activité de Dieu telle que l?art ou la religion peuvent la glorifier»

Ananda Coomaraswamy

 

A lire :

Elisabeth Zana, La danse et le sacré, voyage dans la danse des origines à nos jours, Editions Dervy

Ce livre se veut un témoignage de la place occupée par la danse dans les différentes formes d?expression culturelle de l'homme. La danse, en reliant intimement l?homme au cosmos, se présente comme un art sacré universel.



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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 22:05

Léonard de Vinci fut la figure emblématique d’une époque. Il incarne l’humaniste de la Renaissance ouvert à toutes les connaissances. Peintre, musicien et poète, aussi bien que scientifique et ingénieur, il semble que rien n’ait échappé à son génie.

 

Il s’était formé vers 1460 à Florence, une école de philosophie platonicienne fréquentée par des artistes tels que Michel Ange et Botticelli qui fut un ami proche de Léonard. La redécouverte de cette philosophie soulignait la relation entre le mystère de la vie et le mystère de l’homme et la possibilité de percer ce double mystère par des voies appropriées, parmi lesquelles l’art et la connaissance.

 

La Beauté miroir de Dieu

L’artiste de la Renaissance florentine est investi d’une mission : exprimer le divin à travers la Beauté qui est visage de Dieu. L’artiste utilise le support esthétique pour faire cheminer des apparences vers l’essentiel, de la forme vers l’idée. L’artiste est donc d’abord celui qui capte et non pas un technicien des formes. L’art devient alors le reflet du divin et l’artiste son prophète.

Pour exprimer le divin, il faut être à l’écoute de toute chose, à commencer par la nature qui est la forme perceptible de l’énigme du monde et de la vie. C’est pourquoi, selon ses aptitudes, l’artiste peut également se transformer en chercheur qui scrute les mystères de la nature. C’est ce que fut en réalité Léonard qui mit son prodigieux talent d’observation au service à la fois de sa peinture et de ses inventions.

 

L’art est cosa mentale

Le maître mot de la recherche artistique de la Renaissance fut la proportion. Celle-ci existe «quand les parties d’un ensemble ont des rapports harmonieux entre elles et avec la totalité» selon la définition d’Alberti inspiré de Vitruve, un initié romain. La proportion dévoile l’unité qui naît de l’équilibre entre les parties. Et l’unité est l’empreinte de la divinité, car c’est le mystère qui se cache derrière la multiplicité des représentations. Percevoir l’unité en chaque chose c’est percevoir Dieu. Cette faculté est avant tout mentale. L’art est «cosa mentale» dit Léonard de Vinci.

Les proportions les plus nobles sont, selon Vitruve, celles du corps humain inscrites à la fois dans un cercle et dans un carré que Léonard reprendra dans un dessin resté célèbre. L’art nécessite donc une puissance d’abstraction qui seule permet de capter les idées. C’est pourquoi les mathématiques sont la base du travail de Léonard, dans la lignée de la tradition pythagoricienne, qui établit la science des nombres comme une métaphysique. Léonard fera son apprentissage avec le plus grand mathématicien de son temps, Luca Pacioli, qu’il rencontre à Milan vers 1490 et pour lequel il réalisera les dessins des solides platoniciens de son livre La divine proportion (1). C’est ainsi qu’il pourra affirmer «Que nul ne me lise dans mes principes qui n’est pas mathématicien».

 

Un homme ambigu

Si la structure de l’espace relève des mathématiques, l’animation du monde relève du conflit entre ombre et lumière. De ce conflit naît la vie, fille de l’ambigu et de l’inexprimable. Léonard traduira ceci dans sa peinture par une technique spéciale : le sfumato. Le sfumato, ou clair obscur, tente d’exprimer l’indicible et de faire naître la vie dans le tableau, lui donnant une dimension insaisissable qui fit le succès universel de la Joconde, le paroxysme de cette démarche étant sans doute atteint avec le Saint Jean.

Léonard ne cultivait pas seulement l’ambiguïté dans sa peinture. C’était également un homme ambigu. Il était ambidextre, puisqu’il dessinait des deux mains et écrivait aussi bien vers la gauche que vers la droite ; on le disait aussi homosexuel. Il était végétarien mais disséquait les animaux; il déclarait que la guerre était  folie bestiale, mais réalisait avec la plus grande ingéniosité des armes mortelles et des machines de guerre.

 

Raison et expérience

Que ce soit à Milan, au service de César Borgia ou de la ville de Florence, Léonard déploiera une activité de scientifique et d’inventeur remarquable. Nombre de ses inventions mécaniques (il conçut des machines acoustiques, hydrauliques, de guerre, volantes, etc.) ont vu leur application des siècles plus tard (3). Il fut aussi un des premiers anatomistes et botanistes.

Pour Léonard, la science, tout comme l’art, est une imitation de la nature, non pas pour la copier servilement, mais pour rendre vérifiable par l’expérience, les cosa mentale. Percevoir le mécanisme de la terre macrocosme ou reproduire l’anatomie du corps humain microcosme sont démarches semblables : elles visent à percer les lois d’une nature vivante, animée par des lois intelligentes et emplie de l’esprit divin. Imiter la nature, c’est donc tenter d’élucider ses lois et entrevoir l’énigme de Dieu. C’est se métamorphoser en démiurge, devenir créateur à l’égal de Dieu.

Léonard ne s’intéresse pas pour autant aux phénomènes spirituels, qu’il laisse aux philosophes et moines. Il se passionne, en revanche, pour les phénomènes naturels qui permettent une analyse sensible. Il se nomme «disciple de l’expérience». Pour lui l’expérience, conjuguée aux mathématiques, est mère de connaissance. Car une pratique sans science est comme un marin sans boussole. «La science est le capitaine, la pratique le soldat» écrit Léonard (2).

 

La peinture est une ascèse

Pour Léonard, la peinture est une fin ultime. «Le caractère divin de la peinture fait que l’esprit du peintre se transforme en une image de l’esprit de Dieu» écrit-il dans son Traité de la peinture (2). La peinture est recherche de l’absolu, synthèse de tous les arts : c’est le miroir du cosmos. Pour Léonard, le plus grand défaut des peintres est de faire ce qui leur ressemble. Leur comportement narcissique les amène à se projeter dans leur peinture. Le véritable peintre doit écarter les écrans subjectifs sans intérêt. Pour cela, dans le Traité, Léonard donne des conseils qui vont de l’ascèse mentale à l’hygiène de vie. Il invite à la constitution d’une nouvelle objectivité par spéculation et expérience.

 

Dans ce foisonnement intellectuel de la Renaissance, où l’individu s’ouvre au monde, Léonard, en humaniste novateur, cultive une approche interdisciplinaire qui relie les contraires : ombre et lumière, raison et expérience, observation et imagination, art et science. Il illustre ainsi retour d’Hermès, dieu de l’imagination et maître des correspondances entre le ciel et la terre et entre l’homme et l’univers.

 

Notes

(1) Le Nombre d’Or, Luca Pacioli, Editions du Compagnonnage.

(2) Traité de la peinture, Editions Berger Levraut.

(3) lire également l’article de Jorge Livraga, paru dans la revue Acropolis n°175, «les machines de Léonard» (www.revue-acropolis.com)

 

Exergue

«Ce qu’il y a dans l’univers,…, le peintre l’a dans l’esprit d’abord, puis dans les mains. Et celles-ci sont d’une telle excellence qu’elles engendrent à un moment donné une harmonie de proportions embrassée par le regard comme la réalité même» Léonard de Vinci, Traité de la Peinture

 



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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 22:04

Les sens nous gouvernent-ils ? Nul doute si l’on s’en tient à la tendance toujours plus sensationnalistes des images et des objets qui nous sont proposés. Mais toutes les traditions ont enseigné une modération des sens. En Orient, l’hindouisme nous apprend à les remettre à leur juste place et à s’en rendre maître.

 

Nos cinq sens (ouïe, toucher, vue, goût, odorat) sont des portes ouvertes sur le monde extérieur. Mais Platon parle déjà de l’illusion des sens. Car les sens nous trompent. L’exemple du bâton dans l’eau le prouve. Lorsqu’on plonge un bâton dans l’eau, nous percevons son image comme brisée : la partie demeurée à l’extérieur de l’eau forme un angle avec celle immergée. Mais ce n’est qu’une illusion d’optique que l’on constate en retirant le bâton de l’eau.

 

Nous ne pouvons donc pas baser notre connaissance du monde sur les sens. Il nous faut mettre en jeu le mental pour trier et classer les sensations qu’ils nous procurent. Car comme le dit le philosophe hellénistique Plotin, «la sensation est notre messager, l’intelligence est notre roi.» Considérés comme les grands coupables de la civilisation judéo-chrétienne, les sens ne sont en fin de compte que de simple capteurs. C’est de leur maîtrise par le mental que dépendra notre progression spirituelle.

 

La sensation peut l’emporter sur la raison

 

La sensation, cette impression psychologique qui naît de la stimulation des sens, peut sortir de son cadre et s’imposer à nous. Elle devient alors pulsion irrésistible ou obsession. Commence alors un parcours effréné pour satisfaire ce besoin ressenti comme une nécessité. Pourquoi tant de gens se précipitent-ils pour voir des films d’horreur, si ce n’est par recherche de sensations fortes ? Et qui ne s’est jamais étonné de voir un médecin fumer ? Du fait de sa nature instinctive, la sensation l’emporte souvent sur la raison.

 

Bien plus, aujourd’hui, la plupart d’entre nous souffrons de surcharge sensorielle, résultat d’un bombardement constant de la part de notre société de consommation qui s’évertue à éveiller nos sens pour attirer notre attention et nous séduire. Nous sommes sans arrêt soumis à des agressions visuelles, des sons stridents, des couleurs tonitruantes ou des situations dramatiques.

 

Comment apprendre à mettre les sensations à leur place ? Car si nous ne les disciplinons pas, elle nous domineront par leurs exigences incessantes. Devenus les otages des sens, nous perdrons pied dans la quête intérieure.

 

Maîtriser ses impressions sensorielles

 

Le contrôle des sens est une étape indispensable du parcours de celui qui veut conduire son esprit vers les plus hauts sommets. La première vertu à développer est bien entendu la modération, prônée par toutes les voies traditionnelles en Orient comme en Occident. Parmi les péchés capitaux des sens, il y en a de plus difficiles à vaincre que d’autres. Ainsi le goût et le toucher qui ne sont satisfaits que par un contact intime, exercent-ils une pression plus forte que la vue, l’ouie ou l’odorat qui maintiennent une certaine distance avec l’objet. C’est pourquoi l’abstinence et le jeûne se retrouvent-ils au départ de toutes les voies spirituelles.

 

Il nous est impossible d’exercer un quelconque contrôle de notre mental si nous ne maîtrisons pas nos impressions sensorielles. En détachant notre conscience des impressions négatives, nous renforçons l’immunité de notre mental et le libérons pour vivre des expériences intérieures plus profondes. Nous devons donc apprendre à nourrir nos sens pour provoquer des impressions mentales adéquates. La plupart d’entre nous faisons attention aux aliments que nous absorbons et aux personnes que nous fréquentons. Mais nous ne sommes pas aussi regardants au sujet des impressions avec lesquelles nous alimentons nos sens. Nous acceptons, par l’intermédiaire de la télévision par exemple, des personnes et des situations que nous ne tolèrerions pas dans notre vie. Pensons-nous qu’elles n’ont pas d’effet sur nous ? Nous devons en prendre conscience. Les sensations violentes, par exemple, émoussent le mental et poussent à agir brutalement.

 

Le retrait des sens

 

Selon l’Ayurvéda (1), la médecine traditionnelle hindoue, les impressions sensorielles sont les principaux aliments de l’esprit. La voie du yoga offre de nombreux outils pour les gérer correctement.

Une des façons de contrôler nos impressions est de les effacer complètement, de faire un jeûne en quelque sorte. On peut s’asseoir les yeux fermés et se retirer en soi-même. Ce retrait des sens est comparé, en Inde, à une tortue qui rentre ses membres sous sa carapace. Profiter des vacances pour faire un jeûne médiatique peut s’avérer très bénéfique.


Nous pouvons également essayer de contrôler nos sens sans les fermer mais en retirant notre attention de leur objet. En gardant les yeux ouverts, nous dirigeons notre attention vers l’intérieur ; de la même manière nous ramenons mentalement un à un tous les organes de nos sens vers l’intérieur.

Une autre façon pour purifier l’esprit et contrôler les sens est de se concentrer sur une source d’impression uniforme : un ciel ou une mer bleue. Comme notre corps peut se ressourcer dans les monodiètes (où l’on ne consomme qu’un seul aliment) notre mental peut nécessiter l’absorption d’impressions simples et homogènes pour faciliter sa digestion.


Une autre manière de contrôler les sens est de créer des impressions positives. Contempler des objets naturels, comme les arbres, les montagnes, les fleurs ou visiter des lieux chargés d’impressions positives comme les temples, les lieux de pèlerinage. L’écoute de musique douce, la contemplation d’œuvres d’art, l’usage de parfums de bonne qualité aident à raffiner les sensations.


Une autre technique de retrait sensoriel consiste à se concentrer sur les impressions intérieures en retirant notre attention des impressions extérieures. La concentration sur sa respiration est la méthode la plus simple et la plus efficace. Une autre méthode est la visualisation. La plupart des techniques de méditation emploient la visualisation comme outil pour entrer en soi-même et s’abstraire du monde extérieur.

Mais ces méthodes sont simplement préparatoires. Car les yogis nous rappellent que le mental est le sixième de nos sens et qu’il convient de le maîtriser également. Car lorsque le mental est contrôlé, les sens le sont aussi automatiquement. Mais ceci est une autre histoire.

 

 

 

(1) lire à ce sujet l’ouvrage de David Frawley, Yoga et Ayurvéda, autoguérison et autoréalisation de soi, aux éditions Turiya.

 



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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 22:00

De Platon à nos jours l’énigme de l’Atlantide a fasciné des générations entières. Même si pour la majorité des scientifiques actuels l’Atlantide reste un mythe, un ensemble de traditions et leur éclairage scientifique plaide en faveur de l’existence de cette mystérieuse civilisation dont tout laisse à penser qu’elle fut hautement cultivée.

 

Texte

Le monde dont nous allons parler existait il y a douze mille ans et peut-être plus, alors que selon l’état de nos connaissances actuelles, les premiers être humains ou considérés comme tels seraient apparus sur la terre il y a plus de cinq millions d’années.

 

Que sait notre science historique du passé humain ? L’archéologie des cent dernières années s’est chargée de montrer que la myopie de l’histoire était immense. Sont apparus une multitude de cités, de royaumes et d’empires dont nous ne connaissions rien, faisant ainsi reculer de plusieurs millénaires la naissance de la civilisation humaine. Ne vient-on pas ainsi de prouver la connaissance de l’art du textile il y a vingt cinq mille ans, d’après des empreintes de tissu retrouvées sur les parois de grottes de la République Tchèque, ce qui met à mal les images d’Epinal des hommes de la préhistoire vêtus de peaux de bêtes.

 

On se rappellera aussi la dépréciation que subirent les événements de l’histoire simplement parce qu’ils étaient mentionnés dans des mythes ou des légendes. Mais la persévérance de l’allemand Schliemann qui mit au jour la mythique ville de Troie au XIXe siècle leur apporta le plus éclatant démenti.

 
Une énigme fascinante

 

Plus de vingt cinq mille livres ont été écrits sur l’Atlantide. Dans le siècle écoulé de nombreuses recherches scientifiques menées avec des moyens de plus en plus sophistiqués ont apporté de nouveaux éclairages sur cette énigme qui passionne l’Occident depuis au moins deux mille cinq cents ans.

Déjà Hérodote, au Ve siècle av. J.-C. évoquait le peuple des Atlantes, le plus éloigné du monde connu. Mais c’est à travers les écrits du grand philosophe grec, Platon, que l’Atlantide fait son entrée dans l’histoire de l’Occident.

 

Platon, on le sait, avait reçu ses enseignements des prêtres égyptiens, puisqu’il avait séjourné dans leurs temples. Dans ses récits, en réalité Platon décrit surtout le dernier fragment sauvé des différents cataclysme du continent atlante et qu’il appellera Poséidonis. (1) Il n’est pas impossible d’imaginer que Platon, initié aux mystères et tenu au secret, en savait plus qu’il ne pouvait le dire et nous a révélé une vérité partielle.

 

Ses deux récits au sujet de l’Atlantide, le Timée et le Critias (voir encadrés) sont truffés de détails. Platon n’expose pas seulement l’idée d’un continent englouti. Il décrit les villes, les habitudes, la manière de gouverner. Il explique même comment les Atlantes de Poséidonis protégeaient leur flotte.

Accepter la version platonicienne entraînerait une véritable révolution copernicienne des théories de l’histoire, c’est pourquoi elle est aujourd’hui reléguée au rang de récits imaginaires ou d’allégories à vocation politique. Proclus, philosophe néoplatonicien du Ve siècle pensait, quant à lui, que l’Atlantide devait être comprise à la fois comme une réalité historique et comme une allégorie. Pourtant, la description si exhaustive de Platon devrait nous faire penser qu’il n’y a pas de fumée sans feu. D’autant plus que les convergences entre la tradition occidentale et orientale sont plus que troublantes.

 

La tradition orientale de l’Atlantide

 

 La tradition la plus ancienne sur l’existence d’un continent disparu provient d’un texte hindou, le Vishnou Purana. Le nom donné à ce continent est Lanka, ce qui signifie île. Selon le Vishnou Purana, la terre aurait changé plusieurs fois de relief. Ceci est confirmé par de nombreuses recherches modernes qui ont démontré, par exemple, qu’il y avait autrefois des zones tropicales là où aujourd’hui sont établies des zones glaciaires.

 

Dans un style poétique et symbolique, le texte évoque une civilisation assez évoluée. On y décrit un certain nombre de véhicules appelés «vimanas» destinés au transport aérien. Ils sont décrits avec une certaine précision et leur forme, de profil, serait celle d’un bateau volant. Au cœur de ce bateau était placée une pierre et la description faite de cette pierre et de son fonctionnement fait penser à ce que nous appellerions aujourd’hui une pile atomique. En effet, selon les textes, les habitants de Lanka connaissaient une énergie qu’ils appelaient «marmash» qui se condensait en matière. Cette condensation produisait une énergie qui permettait d’alimenter les moteurs du navire.

 

On connaît aujourd’hui la conversion possible entre l’énergie et la matière, mais le processus décrit par le Vishnou Purana est l’inverse de celui que nous employons dans nos usines atomiques.

 

Les bateaux possédaient aussi des sortes de rames qui étaient des sortes de fusées qui lançaient des flammes. Lorsqu’ils voulaient monter, il plaçaient les « rames-fusées » vers le bas. Ils avaient un système de réglage qui leur permettait d’atterrir sans piste d’atterrissage.

 

Il est mentionné d’autres formes de navires qui avaient la forme d’un oiseau. Ceux-là étaient employés pour la guerre. Ces «navires-oiseaux» jetaient des «œufs» plein de cette énergie appelée «marmash». Lors d’un combat un de ces « œufs » aurait tué plus d’un million de personnes. Le texte parle aussi de rayons paralysants, de grandes villes, de chauffage artificiel.

 

Lorsque ce texte fut traduit au XIXe siècle ces récits semblaient de la science fiction. Aujourd’hui l’évolution technologique met des images précises sur ces descriptions qui, de ce fait, ne semble plus aussi fantastiques.

 

 

La tradition ésotérique

 

Dans son oeuvre colossale, La Doctrine Secrète, la grande ésotériste du XIXe siècle Héléna Blavatsky rapporte les enseignements de la tradition archaïque contenus dans le Livre de Dzyan auquel elle a eu accès dans les temples tibétains.

Selon elle, l’affaissement de l’Atlantide (continent et îles) commença durant la période Miocène et atteignit son point culminant au moment de la disparition du plus grand des continents, événement qui coïncida avec le soulèvement des Alpes. Elle écrit : « La majeure partie de l’Atlantide s’abîma durant l’époque Miocène. Il ne restait que Routa et Daitya et quelques îles égarées ça et là…Platon condensa l’histoire de l’Atlantide qui couvrait une période de plusieurs millions d’années en un seul événement qu’il localisa dans une île relativement petite, de trois mille stades de long sur deux mille de large, ce qui représente à peu près les dimensions de l’Irlande, tandis que les prêtres parlaient de l’Atlantide comme d’un continent aussi grand que l’Asie et la Libye réunies. » (2)

 

 

Pourquoi les Atlantes ont-ils disparu ?

 

Les textes soulignent que cette civilisation avait trop exagéré l’emploi de ses pouvoirs matériels et ceci avait provoqué une réaction de la planète Terre.

Là où aujourd’hui nous parlerions de pollution, les vieux textes disent que l’atmosphère était devenue irrespirable et que les animaux commençaient à souffrir de mutations. A la suite de ces réflexions, ils expliquent que les Atlantes ont essayé, avec l’énergie du «marmash» de déplacer l’axe de la terre afin d’obtenir un éternel climat printanier. Ces agressions envers la Terre se sont traduites par des réactions de la planète, considérée par les anciens comme un être vivant, qui déclencha un grand cataclysme maritime, cause de la destruction de l’Atlantide. Les textes disent que ce cataclysme fut planétaire et qu’il provoqua une forte diminution de la population mondiale. Il aurait eu lieu il y a 850 000 ans. Il est curieux de constater que le mouvement géosynclinal des Andes, c'est-à-dire le mouvement qui a donné naissance aux Andes est apparu il y a 850 000 ans.

 

Tout d’abord l’Atlantide fut coupée en deux petites îles, appelées dans les textes sanscrits Ruta et Daytia. Puis d’autres cataclysmes se succédèrent, au cours desquels l’Atlantide se fragmenta en un certain nombre d’îles, de plus en plus petites.

 

Selon Héléna Blavatsky, les Atlantes employaient des incantations magiques même contre le Soleil. Les Atlantes de la dernière période étaient renommés pour leurs pouvoirs magiques et leur méchanceté. Les hommes qui leur avaient succédé conservèrent pieusement les traditions qui leur enseignaient que l’humanité dont ils descendaient était devenue plus arrogante à chaque génération et, par suite de l’acquisition de pouvoirs super-humains, avait glissé graduellement vers sa fin. (2)

 

La suite des textes coïncide avec les textes précolombiens, sumériens ou la Bible qui mentionnent un grand déluge universel. A cette époque, environ dix mille ans avant notre ère selon la chronologie de Platon, ne subsiste de l’Atlantide que l’île Poséidonis.

 

 

Où était située l’Atlantide ?

 

De nombreuses hypothèses ont été avancées sur la localisation de l’Atlantide, parmi lesquelles des plus fantaisistes. Une de ces hypothèses, largement soutenu par le commandant Cousteau, tendait à identifier l’Atlantide à l’île de Santorin, au large de la Crète. Plus récemment, un chercheur marseillais affirmait avoir mis en évidence l’île mystérieuse au débouché ouest du détroit de Gibraltar.

 

Mais conformément aux récits platoniciens et selon la tradition du livre de Dzyan, cette île aurait été de la surface de la Grande-Bretagne et se serait trouvée approximativement entre la partie nord de l’Europe et le Golfe du Mexique. C’est sa chute que Platon raconte dans le Timée. Cet événement libère le courant du Gulf Stream qui véhicule les eaux chaudes de l’Amérique vers l’Europe et provoque de forts changements climatiques en Europe du Nord.

 

Ces récits nous fascinent encore aujourd’hui, d’autant que nous n’avons trouvé aucun témoignage concret de l’Atlantide. Mais ils peuvent nous suggérer également un questionnement. Une super civilisation précédant notre humanité actuelle a-t-elle vraiment existé ? Et nous-même dans l’avenir, pourrions nous subir la même fin que cette civilisation. Certains signes ne sont-ils pas déjà là pour nous inviter à réfléchir à ces questions ?

 

 

(1)   C’est le lieu où se déroule le roman « Ankor, le disciple » de J. Livraga, éditions des 3 Monts

(2)   Doctrine Secrète, Tome IV.

 

 

Note

Cet article est largement inspiré d’une conférence de Jorge Livraga, donnée à Lyon le 18 juin 1986.

 

Citation

Le récit de Platon

 

Les prêtres égyptiens transmettent à Solon les récits historiques.

 

« Il y a eu souvent et il y aura encore souvent des destructions d’hommes causées de diverses manières […] Tout d’abord vous ne vous souvenez que d’un seul déluge terrestre, alors qu’il y en a eu beaucoup auparavant […]

Les monuments écrits disent que votre cité (1) détruisit jadis une immense puissance qui marchait insolemment sur l’Europe et l’Asie toutes entières, venant d’un autre monde situé dans l’océan Atlantique. On pouvait alors traverser cet océan, car il s’y trouvait une île devant ce détroit que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Héraclès(2). Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. De cette île on pouvait alors passer dans les autres îles et de celles-ci gagner tout le continent qui s’étend en face d’elles et borde cette véritable mer […] Or un jour, cette puissance, réunissant toutes ses forces, entreprit d’asservir d’un seul coup votre pays, le nôtre et tous les peuples en deçà du détroit…

Mais dans le temps qui suivit, il y eut des tremblements de terre et des inondations extraordinaires, et, dans l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit néfastes, tout ce que vous aviez de combattants fut englouti d’un seul coup dans la terre, et l’île Atlantide, s’étant abîmée dans la mer, disparut de même.»

 

Platon, Timée, 21-26, Ed Garnier Flammarion, traduction par E. Chambry

 

(1) Athènes

(2) le détroit de Gibraltar

 

 

Citation

 

Pourquoi les Atlantes disparurent-ils ?

 

«Pendant de nombreuses générations, tant que la nature du dieu se fit sentir suffisamment en eux, ils obéirent aux lois est restèrent attachés au principe divin auquel ils étaient apparentés […]

Mais quand la portion divine qui était en eux s’altéra par son fréquent mélange avec un élément mortel considérable et que le caractère humain prédomina, incapable dès lors de supporter la prospérité, ils se conduisirent indécemment […]

Alors le dieu des dieux, Zeus, qui règne suivant les lois et qui peut discerner ces sortes de choses, s’apercevant du malheureux état d’une race qui avait été vertueuse, résolut de les châtier pour les rendre plus modérés et plus sages.»

 

Platon, Critias, 120, Ed Garnier Flammarion, traduction par E. Chambry

 

 

Citation

 

Les richesses de l’Atlantide                                                                

[…] Poséidon, ayant eu en partage l'île Atlantide […] découpa le pourtour par des enceintes faites alternativement de mer et de terre […]Il fit jaillir du sol deux sources d'eau, l'une chaude et l'autre froide, et fit produire à la terre des aliments variés et abondants […]

Avec toutes ces richesses qu'ils tiraient de la terre, les habitants construisirent les temples, les palais des rois, les ports, les chantiers mari­times, et ils embellirent tout le reste du pays […] Ils creusèrent depuis la mer jusqu'à l'enceinte extérieure un canal… et ils [l’]ouvrirent aux vaisseaux venant de la mer [...] Ils revêtirent d'un mur de pierre le pourtour de cette île, les enceintes et les deux côtés du pont... Ils mirent des tours et des portes sur les ponts et à tous les endroits où passait la mer…Ils revêtirent d'airain, en guise d'en­duit, tout le pourtour du mur qui entourait l'enceinte la plus extérieure; d'étain fondu celui de l'enceinte inté­rieure, et celle qui entourait l'acropole elle-même d'ori­chalque (1) aux reflets de feu.[…]

 

Les deux sources, l'une d'eau froide et l'autre d'eau chaude, avaient un débit considérable et elles étaient, chacune, merveilleusement adaptées aux besoins des habitants par l'agrément et la vertu de leurs eaux. Ils les avaient entourées de bâtiments et de plantations d'arbres appropriées aux eaux. Ils avaient construit tout autour des bassins, les uns à ciel ouvert, les autres couverts, destinés aux bains chauds en hiver. Les rois avaient les leurs à part, et les particuliers aussi; il y en avait d'autres pour les femmes et d'autres pour les chevaux et les autres bêtes de somme, chacun d'eux étant disposé suivant sa destination.

 

Platon, Critias, traduction par Emile Chambry, Garnier Flammarion

 

(1) l’orichalque était selon Platon un alliage plus précieux que l’or dont on a perdu la trace dans l’histoire.

 



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Par Isabelle OHMANN - Publié dans : Divers
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