Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 21:56

Pour échapper à l’emprise de notre monde artificiel, la méditation est une pratique de plus en plus recherchée. Favorisant le retour sur soi dans le calme et la solitude, le recentrage et le contact avec une autre dimension de soi-même, la méditation apparaît comme l’outil essentiel de la vie intérieure et l’antidote à une vie désenchantée et dépourvue de signification.

 

Une pratique millénaire

 

La méditation est une tradition dans toutes les voies spirituelles. Elle est considérée comme l’une des pratiques les plus élevées dans les religions millénaires comme dans les voies traditionnelles telles que le yoga ou les arts martiaux.

La pratique de la méditation entraîne la libération de l’activité mentale. Le mental est agité par des désirs alimentés par les sensations. La méditation permet de déconditionner le mental des impressions du monde extérieur et de sa propre subjectivité. De la même manière qu’il existe certaines règles pour répondre aux besoins du corps, comme la nourriture et les exercices, l’esprit a besoin d’une hygiène et de certains aliments pour pouvoir s’élever et atteindre le plan spirituel.

 

La méditation, une expérience transformatrice

 

La méditation est l’art de l’introspection. Elle nous ramène vers le centre de nous-mêmes, ce lieu intangible où nous sommes hors d’atteinte des fluctuations de la vie, notre montagne intérieure dont le sommet est toujours éclairé par le soleil de l’esprit. La méditation nous rappelle qui nous sommes vraiment en nous permettant d’expérimenter la puissance de notre être intérieur, qui nous remplit de joie et de plénitude. Elle nous rapproche du divin qui est en chacun de nous.

 

Dans cette perspective la méditation devient une éducation de soi, une préparation secrète de nous-même face au monde incertain et éphémère. Loin de nous écarter du monde ou de nous affaiblir, la méditation, au contraire, renforce notre participation intramondaine et nous permet d’agir avec plus d’efficacité. Elle nous donne équilibre et assurance parce qu’elle fait naître en nous des racines célestes, qui tirent leur sève de notre nature spirituelle et non pas des succès temporels. Elle nous permet de vivre notre vie avec plus d’intensité car elle nourrit une attitude d’acceptation fondamentale face aux événements. Au lieu de réagir avec intensité et rigidité face aux difficultés de l’existence, réactions qui provoquent des douleurs psychologiques et parfois physiques, nous développons une attitude d’accueil aux situations successives dans lesquelles nous plonge naturellement le cours de la vie. Elles ne sont que le décor dans lequel évolue l’acteur qui réside au plus profond de nous, le cadre qui offre la parole à cet être incorruptible cherchant à s’exprimer à chaque instant.

 

Comment méditer ?

 

Dans les voies traditionnelles, la méditation est considérée comme un état qui se conquiert d’abord par la purification : purification du corps au moyen de la modération et de l’abstinence, incluant des périodes de jeûne, chasteté, etc., mais aussi d’une discipline telle que le yoga ou les arts martiaux traditionnels ; purification de la pensée et des sentiments au moyen de la prière et d’une vie éthique, c'est-à-dire un comportement animé par les qualités morales et tourné vers les autres et vers un idéal de perfectionnement.

 

Ces préalables étant acquis, il est conseillé d’être initié à la méditation par des personnes qualifiées. Il est recommandé une pratique régulière, humble et patiente, car l’expérience spirituelle éclot en chacun lorsqu’il y est prêt.

 

Il existe en fait deux types de méditation : la méditation avec objet, qui implique la fixation de l’attention sur une forme un son ou un objet et la méditation sans objet qui est le véritable but à atteindre.

 

La porte d’entrée pour la méditation est la concentration. Si l’on ne parvient pas à fixer son esprit en un point, à calmer ses agitations incessantes et à contrôler ses vagabondages, il n’est pas possible de vivre l’expérience de la méditation. En fait, peu de gens peuvent vraiment se concentrer. Nous ne pouvons éviter de penser et notre mental est sans cesse actif. Même si l’on reste en mouvement, on ne cesse de penser. Il faut donc dans un premier temps acquérir un état de quiétude mental.

La première chose à apprendre est de s’absorber complètement dans ce que l’on fait, sans penser au passé ou à l’avenir, ou à toute autre chose. Ramener le mental dans le présent permet de concentrer notre énergie sans nous disperser. En atteignant l’état de concentration, on amène le mental au silence. Aussi, la plupart du temps, les techniques modernes dites de méditation (concentrer son regard sur une bougie ou sur une image) ne sont-elle que des versions actuelles de techniques ancestrales de concentration.

 

Devenir spectateur de soi-même

 

Une pratique simple, que l’on peut faire dans n’importe quelle situation, dans la rue, à la maison ou au bureau, c’est de diriger l’attention sur le corps, le parcourant mentalement de la tête aux pieds pour le détendre pendant une minute. On peut ensuite diriger son attention à l’intérieur de soi en essayant de prendre conscience des pensées qui traversent notre esprit ; les observer en spectateur en les laissant aller et partir ; vous constaterez que cette concentration sur vous-même arrête vos pensées et ce d’autant mieux que vous ralentirez votre respiration. Dans des cas où vous en aurez l’occasion, essayez de faire la même chose, le corps relaxé dans une posture allongée ou assise.

Si vous parvenez à maintenir l’état de spectateur de vous-même, les pensées ne viendront plus vous troubler, votre mental se détachera et se videra petit à petit. Pour renforcer la lutte contre ce flot incessant de pensées, il convient de fixer son mental sur sa respiration ou sur une image, en visualisant un paysage admiré par exemple. C’est ainsi que l’on acquiert le silence du mental, qui permet d’élever la conscience à l’état méditatif.

 

L’état de méditation

 

Dans l’état de profonde méditation, on perd la conscience du temps et de l’espace, de son corps et de ses sensations. L’état de conscience ainsi atteint est au-delà des émotions, de l’intellect ou de l’imagination. Dans le même temps, le cœur s’ouvre et déborde d’un amour rayonnant. On devient alors seulement conscient de l’être pur. Toute créature et le monde entier vibrent alors comme une conscience pure. Dans l’état de samadhi, état de super-conscience, le méditant abandonne le sens de son propre être et ne fait qu’un avec Dieu. C’est l’expérience spirituelle ultime.

 

 

Citation

 

«Celui qui est parvenu à la méditation s’efforcera constamment de rester en paix dans le Suprême, seul dans un lieu solitaire, son corps et ses pensées contrôlés, sans possession ni désir. Il placera dans un lieu propre un siège stable, ni trop haut, ni trop bas… Là, pour se purifier, il pratiquera la méditation, concentrant son esprit et maîtrisant sa pensée et ses sens, maintenant le corps, la tête, le cou droit et immobile, le regard fixé sur le bout du nez, sans regarder autour de soi.»

Bhagavad-Gîtâ, ch VI



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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 21:54

L’art nouveau naît en France sous l’impulsion du génie créateur d’Emile Gallé (Nancy 1846-1904). Scientifique, humaniste et industriel, cet artiste complet fut par-dessus tout un interprète majeur des mystères de la nature.


"Voici un homme qui…a rendu aux plantes une personnalité, un langage : il a retrouvé les lois mystérieuses de leurs attitudes, soit qu’il incruste leur image dans la marqueterie de ses meubles, soit qu’il la jette dans la pâte de ses cristaux» s’exclamait un admirateur d’Emile Gallé. Souvent présenté comme le fondateur du style décoratif d’une époque, l’art floral, Gallé rejettera  toujours cette appellation.

 

 

Une approche scientifique


Sa démarche n’est pas celle d’un copieur de formes ni d’un artiste en quête d’inspiration. La nature n’est pas pour lui un sujet et le végétal n’est pas un modèle à décrire. «Le document naturaliste…ne nous émeut pas parce que l’âme humaine en est absente» écrit-il (1). Il préconise l’observation scientifique des plantes pour découvrir comment chacune s’est différenciée pour entrer en harmonie avec son environnement. Ainsi l’artiste ne capte pas seulement la forme de la plante, mais ce qui est le moteur de son harmonie particulière. Les statuts de l’école de Nancy qu’il fonda en 1901 précisent à cet égard qu’elle «tient à mettre spécialement en lumière le caractère de beauté et des avantages du décor inspiré par l’observation directe des êtres et de la vie, principe fécond, rationnel, que les maîtres lorrains modernes ont été les premiers à faire admettre.»

 

Un art symbolique

 

Si Gallé fut un botaniste reconnu et célèbre, il n’était pas seulement un naturaliste ; il chercha à nouer un dialogue entre l’âme de l’artiste et l’âme des plantes, sans lequel, selon lui, aucune invention n’est possible. Pour Gallé le langage de l’âme est le symbole. C’est l’éveil d’une idée par une image : «les symboles sont les pointes où se concrètent les idées» (1). Et le symbole n’est rien moins que l’essence de l’art. «Le terme de symbole est bien près de se confondre avec celui d’art. Conscient ou inconscient, le symbole qualifie, vivifie l’œuvre : il en est l’âme.» (1) C’est pourquoi, à travers le symbole, Gallé devint un véritable interprète de l’âme des plantes, un merveilleux amant de la nature dont il déroba les secrets.

 

 (1) Emile Gallé, le décor symbolique, discours de réception à l’Académie de Stanislas, à Nancy le 17 mai 1900, Editions Rumeur des ages, 4,60€

 

A lire

Emile Gallé, l’Ecole de Nancy, Christian Debize, Editions Serpenoise, 2000



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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 21:51

Chef d’œuvre de la peinture maniériste de la Renaissance italienne, l’Allégorie de l’Amour fut conçue comme une énigme pleine de symboles.

 

Remarquable par son esthétique précieuse tout autant que par son grand format, ce tableau peint par le florentin Bronzino était sans doute dédié à François Ier, fort épris de l’art italien.

Au centre du tableau, Vénus dénudée attire tous les regards. On peut la reconnaître à la pomme d’or qu’elle tient dans la main gauche et qu’elle obtint de Paris dans le concours de beauté qui l’opposa à Athéna et Héra. Elle est sensuellement enlacée par Cupidon à qui elle tente de retirer sa flèche alors que ce dernier essaie, de son côté, de lui ôter son diadème, suggérant ainsi que les amants essaient de s’abuser l’un l’autre dans les jeux de l’amour. Le pied de Cupidon repose sur une colombe, symbole de Vénus.

A droite du couple formé par Vénus et Cupidon, un petit amour répand des pétales de rose, sans se soucier de l’épine qui lui traverse le pied droit. Il symbolise le plaisir qui accompagne l’amour sensuel insensible à la douleur. Derrière lui se trouve une femme chimérique, au doux visage mais au bas de serpent avec des pattes de lion. Elle porte du miel dans une main et dissimule le dard de sa queue de l’autre, incarnant la tromperie qui se cache derrière les joies de l’amour : les bas instincts sont camouflés derrière une image avenante. Cette symbolique est renforcée par les deux masques qui se trouvent à ses pieds.

De l’autre côté du couple, un homme se tient la tête en criant de désespoir. Il représente les affections qui naissent de l’amour, soit psychologiques, comme la jalousie, soit physiques, dans ce cas sans doute la syphilis, maladie du Nouveau Monde, qui avait probablement fait son entrée en Europe et pris des proportions endémiques au XVIe siècle.

Ainsi le plaisir de l’amour sensuel masque la douleur et est suivi du mensonge, dans le sens où l’on ne veut pas voir ce qui nous déplait en l’autre, ni montrer ce que nous sommes en réalité, pris par les jeux de la séduction qui nous entraînent dans l’erreur et la fausseté.

 

En haut à gauche, un visage dénué de tête tente de tirer un voile bleu, comme un simulacre de ciel, sur le fond du tableau. Il symbolise l’oubli. Mais il en est empêché par un homme barbu et irrité qui se trouve en haut à droite du tableau et porte un sablier sur son épaule. C’est Saturne, le dieu du temps qui signifie que le temps dévoile tout ce qui est caché et mettra la vérité à jour, nous permettant de recouvrer la mémoire, abusée par la tromperie des sens.

Dans cette composition sophistiquée, Bronzino reprend un thème cher aux humanistes, celui de l’amour sensuel incarné par la Vénus terrestre, une illusion des sens, qui s’oppose en tous points à l’amour céleste, celui des vertus et des joies spirituelles, le véritable moteur du philosophe.

Allégorie de l’Amour, Bronzino, vers 1540-1550, 146 cm x 116 cm, huile sur bois, National Gallery, Londres



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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 21:49

Devenir ami du temps, ce n’est pas seulement dégager plus de temps, mais également avoir un temps de qualité et se ressourcer. Quelques conseils simples des anciens peuvent nous être utiles aujourd’hui.

 

Texte

« Le temps s’enfuit » était la sentence que les Romains aimaient à graver dans le marbre des murs de leurs villas pour rappeler la condition éphémère de l’existence humaine.

Saturne (Chronos chez les Grecs) était le dieu du temps. Père indigne, il dévorait ses enfants, tel un ogre, pour ne pas être détrôné par sa progéniture. Avec sa longue faux, il devenait le précurseur de la mort qui nous emporte tous. Mais il était aussi le souverain de l’âge d’or, source d’abondance et de fécondité. Ainsi le temps prenait un double visage, ennemi ou ami selon les cas.

 

Le temps ennemi

Chacun de nous, en fonction de notre propre nature, rencontrons différents problèmes avec le temps, parfois les mêmes. Une liste non exhaustive nous suffira à nous en persuader. L’incapacité à faire tout ce que nous avons à faire, la difficulté à concilier vie personnelle et professionnelle, à commencer ou clore une tâche, à programmer avec des plannings utopiques ou trop remplis. De même notre incapacité à dire non, à limiter le temps accordé à une activité ou notre dispersion d’une activité à une autre. Et encore la difficulté à choisir, à gérer l’imprévu ou à agir autrement que dans l’urgence de la dernière minute. Et beaucoup d’autres situations rendent notre rapport au temps parfois douloureux, nous conduisant au stress et à la fébrilité.

 

Le temps ami

Aristote disait que le temps n’est que la succession des instants. Mais cette vision quantitative et linéaire du temps est la cause de nos angoisses et de nos frustrations. Elle fait que nous sommes préoccupés du nombre d’heures à notre disposition et rend difficiles à assumer les limites que nous oppose le temps. Nous avons du mal à vivre le présent en pensant au temps qui manque.

Le temps ami est un temps qualifié, que nous pouvons rendre fécond et riche, à l’image de Saturne maître de l’âge d’or. Rendre le temps ami nécessite un effort, car naturellement, si nous ne faisons rien, notre temps se dépense à des choses parfois futiles et inutiles. Nous avons alors un sentiment de vide, l’impression de n’avoir rien fait de notre temps.

 

Les choses importantes

Un maître zen qui enseignait à ses disciples, prit un seau et montra à ses élèves comment le remplir à ras bord de gros cailloux. Une fois plein, il leur dit : « peut-on y rajouter quelque chose ? » Puis, joignant le geste à la parole, il prit des graviers et les introduisit dans le seau. A la question suivante, il prit du sable et le versa dans le seau. Enfin, il y fit couler de l’eau. Il interrogea alors ses disciples : « quel enseignement tirez-vous de cette expérience ? » « Quand on pense qu’il n’y a plus de place, il y en a encore » répondit l’un d’entre eux. « C’est vrai, dit le maître, mais il y a quelque chose de plus profond encore. C’est que l’on ne peut mettre tout cela dans le seau que si l’on commence par les gros cailloux, puis les graviers et ainsi de suite. Dans la vie c’est pareil, il faut commencer par les choses importantes si l’on veut pouvoir réaliser toutes les choses que nous nous proposons de faire, les grandes comme les petites. »

Ainsi, si nous voulons faire beaucoup de choses, nous devons apprendre à sélectionner les choses importantes et à les placer avant les autres. Il s’agit donc d’établir des priorités. Gérer son temps nous amène à réfléchir aux choses qui comptent dans notre vie et à la place que nous voulons leur accorder. Hiérarchiser nos actions est une façon simple et efficace d’optimiser notre temps. En organisant nos actions dans un ordre simple et clair, nous pourrons donner une place à chacune.

 

La boucle du temps

Dans les anciennes civilisations, la façon d’apprivoiser le temps était de prendre en compte sa nature cyclique. La succession des jours et des nuits ou des saisons nous fait prendre conscience que le temps est courbe et qu’il passe par des phases semblables.

Nous aussi pouvons courber le temps pour le mettre à notre service. Car le temps traverse quatre phases, l’avenir, le présent et le passé, et une quatrième phase un peu mystérieuse, le non-temps, qui forme un cycle complet.

 

Conquérir l’avenir

L’avenir n’est pas « le fruit d’une trajectoire linéaire qui trouve son origine dans le passé et passe par le présent pour se prolonger. Il n’est donc pas question d’extrapoler le présent dans le futur, mais bien plutôt de se placer mentalement dans l’avenir pour le faire venir dans le présent. » Les philosophies et spiritualités orientales insistent pour cela sur la capacité de visualisation et les techniques de contemplation qui permettent de ressentir l’état qualitatif que l’on veut obtenir dans le futur.

S’organiser, planifier, programmer, sont aussi des façons de conquérir l’avenir, en envisageant le temps que nous allons attribuer à chaque chose, mais en restant mesuré, sans exagérer nos possibilités. Anticiper sur les choses à venir nous permet également souvent d’éviter de perdre du temps quand arrivent les situations escomptées. Penser à l’avance à quelque chose qui demande créativité est aussi une façon de gagner du temps car, au fil du temps, nous engrangeons les idées consciemment ou inconsciemment, jusqu’au jour où nous devons réaliser le travail.

 

Affronter le présent

Etre présent, c’est être attentif, et ceci permet d’allonger prodigieusement la vie.

Le présent exige de nous concentration et esprit de décision. Si notre conscience est dispersée, nous sautons d’un sujet à un autre, en dépensant beaucoup plus de temps que nécessaire. Au contraire, la concentration peut allonger les minutes de façon étonnante. De même, la difficulté à choisir entre une chose et une autre peut nous faire perdre beaucoup de temps. Il faut donc savoir choisir, sans précipitation, même si nous nous trompons dans nos décisions. Nous gagnerons plus de temps à corriger nos erreurs plutôt qu’à rester indécis à la croisée des chemins.

 

Tirer l’expérience

« Vivre, c’est changer le temps en expérience » disait un philosophe. Mais pour cela, il faut vivre les situations avec conscience. La conscience naît du regard que nous portons sur nos actions, donc de notre capacité à regarder et interpréter notre passé. Tirer l’expérience du vécu est le trésor du philosophe, de celui qui veut apprendre de ses réussites comme de ses échecs, pour préparer les changements du nouveau cycle. Mais pour cela, nous avons besoin d’un temps de régénération.

 

Se ressourcer

Dans notre journée, c’est le sommeil qui permet de digérer l’activité consciente, d’en tirer les conséquences et de nous préparer à une nouvelle action. Savoir se reposer demande un temps bien utilisé. Il faut programmer notre temps de repos, ce qui est parfois difficile car nous avons du mal à nous arrêter physiquement ou mentalement. Il ne suffit pas de disposer de plusieurs heures pour se délasser, mais il faut par contre que la conscience, en conjugaison avec le temps, puisse se dégager des sujets qui la tiennent occupée pour passer à d’autres oa à aucun en particulier.

 

Le respect et la compréhension de ces quatre phases nous permettra d’échapper à l’usure du temps et à maintenir, comme les Anciens le souhaitaient, une éternelle jeunesse, source de vitalité et d’enthousiasme.



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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 21:47

En 399 av. J.-C., Socrate, le plus grand philosophe d’Athènes, est condamné à boire la ciguë, pour crime d’impiété. Il est accusé d’introduire de nouveaux dieux dans la cité, car il invoque son daïmon, ou dieu intérieur.

 

Texte

 

Socrate prétendait poursuivre une tâche que le dieu lui-même lui avait assignée. Une « voix divine » qu’il appelle aussi son daïmon, s’adresse à lui, moins pour l’encourager à faire quelque chose, que pour le dissuader de s’orienter dans telle ou telle direction. Socrate lui prête une attention particulière en cherchant à se conformer scrupuleusement à ses instructions. Il peut s’agir d’une voix comme d’un signe, qui peuvent expliquer la façon singulière qu’il a de s’absenter parfois du dialogue ou de prendre certains égards, comme le poème qu’il adresse à Eros quand, dans le Phèdre, il perçoit le signe qui lui recommande de ne pas traverser l’Ilissos avant d’avoir apaisé le dieu par une palinodie (1).

 

Les dieux et les daïmons

 

« Platon a classé les êtres supérieurs répartis dans toute la nature en trois catégories et il a situé les dieux tout en haut. » (2) Les dieux n’ont aucun commerce avec les hommes. En tant que nature éternelle et parfaite, ils sont immuables et ne peuvent être affectés des événements qui se déroulent en ce bas monde, auxquels ils ne se mêlent d’ailleurs pas. A l’opposé des dieux sont les hommes, mélange d’âme immortelle et de corps mortel, totalement étrangers au monde des dieux avec lesquels ils ne peuvent nouer de relation personnelle. Mais une troisième catégorie des êtres supérieurs rend la communication avec les dieux possibles : ce sont les daïmons. Ils appartiennent à la hiérarchie divine intermédiaire, qui fait le relais entre les hommes et les dieux, jouant alternativement le rôle d’interprète ou de sauveur.

 

Le rôle des cultes

 

Ce sont eux qui sont représentés dans les mythologies, animés de sentiment affectueux ou haineux. Les tempêtes qui agitent ces divinités sont étrangères à la sérénité des dieux célestes, inaltérable par les circonstances extérieures. En revanche ces passions s’accordent avec la nature des daïmons. Par leur position intermédiaire, ils ont en commun avec ceux d’en haut, les dieux, l’immortalité et avec ceux d’en bas, les hommes, l’émotivité. Tout comme nous ils peuvent être sensibles aux apaisements ou aux excitants de l’âme. C’est la raison pour laquelle il faut être attentif aux différentes formes de cultes et de rites appropriés à ces divinités qui permet de se concilier leurs faveurs.

 

Révélations et prodiges

Dans le Banquet, Platon explique que les démons sont à l’origine des révélations, et qu’ils règlent les divers prodiges de la magie tout comme les présages de toute sorte. En effet, certains d’entre eux sont affectés à des champs de compétence précis, comme donner forme aux rêves, fissurer les viscères, orienter le vol des oiseaux, inspirer les devins ou régir toute forme de signe qui nous permet d’interpréter l’avenir. Si tous ces phénomènes découlent de la volonté, de la puissance et de l’autorité des dieux du ciel, c’est grâce à l’obéissance et à l’activité des daïmons qu’ils se réalisent.

 

Le daïmon et l’âme humaine

Selon d’autres acceptions, on appelle aussi daïmon l’âme humaine tant qu’elle habite encore le corps (3). L’âme qui désire le bien est considérée comme un dieu bon. C’est la raison pour laquelle on appelle « eudémones » (4) les gens heureux dont le bon démon, c'est-à-dire l’âme, est parfaitement vertueux. Dans les temps modernes, ce daïmon est devenu la voix de notre conscience. Il est alors tout à la fois conscience de soi et conscience morale, principe de responsabilité et connaissance intérieure. Tel un guide qui montre la voie, il est capable de nous révéler nos véritables intentions et d’en éclairer la valeur morale. Lorsque l’âme humaine rompt son contrat avec le corps, elle peut prendre deux visages : un aspect bienveillant qui la fait veiller aux destinées de la maisonnée et de ses descendants. C’est alors le dieu Lare qui protège la maison. L’autre aspect est maléfique, car l’âme, en raison des méfaits commis de son vivant est condamnée à errer sans fin. Ce sont les Larves.

 

L’ange gardien

 

Il existe une catégorie de daïmons supérieurs, libres de toutes entraves et attaches corporelles, parmi lesquels Eros (Amour) (5) et Sommeil (Hypnos). Eros et Hypnos ont des pouvoirs opposés : celui de tenir éveillé (Eros) ou d’endormir (Hypnos). C’est à ce groupe qu’appartiennent, selon Platon, les gardiens attribués à chaque être humain tout au long de sa vie, comme témoins vigilants de ses moindres actes et pensées. Après la mort, c’est lui qui nous amène devant le tribunal du jugement de notre conscience et son témoignage est décisif pour la sentence. Nous retrouvons cet ange gardien dans le Coran qui dit que « toute âme a un gardien qui la surveille » (S LXXXVI,4) notant exactement ses paroles (L17), consignant tous ses secrets par écrit (S XLIII,80) pour lui rappeler ses moindres faits au jour du jugement. Dans la Chrétienté médiévale, l’ange gardien est le compagnon mystique et initiatique du moine et sa présence se poursuit au purgatoire et lors de la pesée des âmes (6).

 

Le daïmon du sage

 

Mais c’est seulement lorsque l’homme tente de se rendre semblable aux dieux qu’il peut éveiller en lui la puissance prophétique de son dieu intérieur. « En réalité, le nouveau dieu qu’introduit Socrate à Athènes est celui de la conscience individuelle, fondement de la liberté intérieure et de la dignité humaine » (7). Si nous cherchons à le connaître et à l’honorer à la manière de Socrate, il nous accordera prévoyance dans les situations incertaines, conseils dans les moments difficiles, protection dans le danger, et sa présence pourra même corriger la Fortune. Loin de se substituer au jugement du philosophe, le daïmon est donc le complément indispensable à sa sagesse, lui procurant l’équilibre quand l’hésitation le fait boiter.

 

 

 

(1) Platon, Phèdre, XX

(2) Apulée, Le démon de Socrate, Rivages poche, petite bibliothèque Payot, 1993

(3) C’est la raison pour laquelle Apulée traduit daïmon en latin, par génie, qui reflète la notion d’engendrement.

(4) pour les Grecs le bonheur est « eudémonie »

(6) voir l'article sur Saint Michel Archange dans la rubrique "christianisme"
(7) Fernand Schwarz, la philosophie de Socrate, Editions des 3 Monts, 2005

 

 

Citations

 

« Athéniens, je vous honore et je vous aime, mais j’obéirai plutôt au dieu (daïmon) qu’à vous ; et tant que je respirerai et que j’aurai un peu de force, je ne cesserai de m’appliquer à  la philosophie. »

Platon, Apologie de Socrate

 

« Ce que les gens ne veulent surtout pas paraître ignorer, ils négligent pourtant de l’apprendre. Vérifie leurs dépenses quotidiennes et tu verras que leurs comptes font état de quantité de dépenses inconsidérées mais jamais pour eux-mêmes, je veux dire pour le culte de leur propre démon, culte qui n’est autre qu’un serment de fidélité envers la philosophie. »

Apulée,  Le démon de Socrate



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